I have been to hell and back (And let me tell you, it was wonderful)

Être artiste est une garantie pour vos congénères que les dommages de la vie ne feront pas de vous un meurtrier.

 Unconscious guilt makes you cruel.

 Exorcism is healthy.  Cauterization, to burn in order to heal.  It’s like pruning the trees.  That’s my art.  I’m good at it.

I have a total confidence in what I am doing because I have none in what I am.  My feminity is eaten up by the rats.

I need my memories.  They are my documents.  I keep watch over them.  They are my privacy and I am intensely jealous of them.

As La Rochefoucauld said, why do you talk so much?  What is it that you have to hide?  The purpose of words is often to hide things.  I want to have total recall and total control of the past.  Now what would be the sense in lying?  I am suspicious of words.  They do not interest me, they do not satisfy me.  I suffer from the ways in which words wear themselves out.  I am a very concrete woman.  The forms are everything.

The spiral is somebody who doesn’t have a frame of reference.  The only thing is this hanging, this fragility.  The spiral represents control and freedom.  An attempt at controlling the chaos.

Louise Bourgeois, 1911 – 2010

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Physique 534 [I am a concrete woman]*

Je t’ai reconnu à la seconde où je t’ai vu.  Ça m’a semblé étrange que mes pas croisent les tiens, comme ça, un simple soir de milieu de semaine, à l’heure où tout le monde rentre du boulot, sur une avenue presque aussi éloignée de chez moi que de chez toi.  Un bond du cœur, inexplicable, que je voudrais taire.  Parce que j’ai toujours su qu’entre toi et moi, la proximité des corps est inversement proportionnelle à la distance (non, j’ai pas fait ma physique 534).

Tout s’est passé très vite, mais malgré la foule qui se pressait sur le trottoir, je ne pouvais détacher mon regard de ton visage.  Tu n’as jamais baissé les yeux pour rencontrer les miens, comme quoi, c’est bien beau les grands garçons de six pieds trois pouces, mais vraiment, s’il faut qu’ils regardent toujours bien droit devant, Houston we have a problem (un déficit de treize pouces).

Et je t’ai laissé filer sans réagir, toute invisible que j’étais, contenant même mon envie de me retourner sur tes pas.  Peut-être, si j’osais te raconter, tu dirais que j’ai été bête, mais moi je dis (humblement!) que justement, c’est que je ne le suis pas assez.  Parce que les phéromones, y’a que ça de vrai.

Plus tard cette nuit là, tu as glissé tes mots d’alchimiste par cette fenêtre que je laisse entre ouverte, faute d’avoir la force nécessaire pour la refermer.  La transmutation des corps est réussie, je ne suis plus matière, mais qu’un rêve dans ton esprit un peu fumiste (tu vois, j’étais bien meilleure en chimie).

« I am suspicious of words.  They do not interest me.  They do not satisfy me.  I suffer from the ways in which words wear themselves out.  I am a very concrete woman.  The forms are everything »  — Louise Bourgeois

Miroir, miroir…

« I have a total confidence in what I am doing because I have none in what I am. My feminity is eaten up by the rats. »

Qu’on le veuille ou non, c’est un fait établi en psychologie qu’on ne peut se définir qu’à partir du regard de l’autre. Notre perception de nous même, négative ou positive, ne peut que se construire et se mesurer à la lumière de notre rapport à l’autre, un peu comme nous avons besoin d’un miroir pour connaître les traits de notre visage. Sans les autres, tout concept identitaire fout le camp.

L’idée, donc, c’est de savoir choisir les miroirs qui nous entourent. Et je réalise que mes talents restent limités quand vient le temps de choisir les miroirs amoureux. J’en ai flushé un définitivement la nuit dernière. Je devrais être fière de moi, mais le cœur n’y est pas.

Question de morale : le bien et le mal

* Suite à une réflexion de Tchendoh
Le bien, le mal. La justice, l’injustice. L’importance de bien agir, garder un sens moral versus l’envie de vengeance. Le pardon versus l’impardonnable. La colère, la révolte versus la paix. Le mérite de nos bonnes actions qu’on ne peut pas encaisser à la banque du bonheur. Le karma. Toutes des questions que la vie m’a envoyées plus particulièrement ces deux dernières années. J’ai essayé, tant bien que mal d’y trouver mes propres réponses.

J’ai lu une entrevue avec Louise Bourgeois, une grande artiste qui s’est beaucoup intéressée à la psychanalyse dans son travail. Ça m’a apporté un fragment de réponse que j’ai trouvé tout à fait pertinent et en quelque part, ça redonne confiance et même aussi, une forme de contrôle, parce que le geste positif est automatiquement redirigé vers soi. Voici donc un extrait :

« J’essaie d’être très précise et absolument scientifique. Et parce que je crois au scientifique, je crois à la psychanalyse. Alors les émotions vous font très peur. Forcément, on pourrait tuer quelqu’un sous l’empire de l’émotion. Les émotions veulent dire le meilleur et le pire. Il s’agit de se connaître assez pour ne pas faire de mal à personne. Il ne faut pas que vos émotions vous fasse tuer le chat de la voisine. Parce que si vous tuez le chat de la voisine, vous aurez des remords et c’est pour ça qu’il ne faut donc pas le tuer. Pas parce que vous aimez le chat, mais parce que vous respectez vos propres émotions. […] Si je tirais sur le chat de la voisine dans un élan d’émotion, je ne me pardonnerais jamais. J’aurais peur d’avoir transgressé la morale, et je suis quelqu’un qui essaye d’être moral. Il ne faut pas faire des choses que l’on regretterait. Pas parce que cela ferait du mal aux gens, mais parce que vous en auriez honte. »

Je ne crois pas en la religion. Mais instinctivement, je crois en un sens moral. Je suis donc assez d’accord avec le point de vue cité sur la question, à savoir qu’il faut être une personne morale d’abord par égoïsme. Ne pas transgresser la morale, c’est davantage une marque de respect envers soi-même qu’envers les autres. Parce que je veux être capable de me regarder dans le miroir et parce que je ne veux pas avoir honte de mes actes, ni donc vivre avec le poids du remords. La honte est selon moi l’émotion la plus autodestructive que l’on puisse ressentir. C’est donc uniquement par égoïsme que j’essaie d’être une personne morale. Avant de vivre avec les autres, il faut être capable de vivre avec soi-même.

Je ne pense pas que faire le mal puisse rendre heureux. On peut sans doute en tirer parfois des bénéfices, j’avoue. Mais je pense qu’il y a un prix psychique à payer. Et puis, agir de manière morale, faut bien qu’on se le dise honnêtement, ça fait pas nécessairement le bonheur non plus. Mais puisque ça me permet de vivre en paix avec moi-même, je me dis que c’est déjà un bon début. Je suis pas parfaite loin de là, je suis souvent la première à espérer qu’il y a une loi du retour. Mais je ne veux pas en être l’instrument, du moins, pas si je dois agir contre ma propre conscience. Parce que s’il y a une loi du retour, c’est sans doute là, tout au fond de ma conscience, qu’elle s’incarne de la manière la plus redoutable.